De l’art de trouver un job

/!\ Alerte pavé /!\

Trouver du boulot en ce moment, c’est un peu comme une visite chez le dentiste. Vous repoussez ça un maximum (faites des études qu’ils disaient) et une fois qu’on ne peut plus y repousser, c’est long, douloureux et (un poil) humiliant (si vous avez déjà essayé de répondre aux questions de votre dentiste avec la mâchoire anesthésiée, vous comprenez ce que je veux dire).

Pourquoi c’est long?

Parce que le marché est très certainement saturé, que les opportunités de postes sont rares  et que si, comme moi, vous recherchez une niche spécifique, vous avez une à deux annonces vous « correspondant » par mois.  C’est long parce qu’il y a des périodes comme l’été (depuis juillet jusqu’à octobre) où les annonces tournent au ralenti, donc si tu n’es pas embauché suite à ton stage, tu as déjà trois mois dans les dents. Parce qu’on doit être 3 diplômés pour 1 poste. Je n’ai pas les chiffres exacts, je n’ai pas envie de me déprimer à les chercher, mais une des réponses d’un potentiel employeur m’a fait froid dans le dos « vous êtes arrivées dans les douze premiers, sur 85, c’est très bien! ». Et pourtant, l’annonce était très confidentielle. Une fois écrémé tous ceux qui sont plus « bankable », tu as enfin le loisir d’exister.

 

Pourquoi douloureux? Parceque :

– Tu te feras systématiquement préférer un mec avec plus d’expérience. Même si c’est deux mois de plus. Même si elle n’est pas du tout en rapport avec le type de poste.

– Parce qu’il arrive que la personne chargée du recrutement ( souvent les cabinets), ne sache pas du tout de quoi est fait le poste. Bon, elle a compris les grandes lignes, comme le fait qu’ils recherchent un technicien en analyses chimiques pour faire de la chromatographie. Donc si tu as fait de la chromatographie en analyses biologiques, alors tu ne seras même pas présenté à l’employeur (quand bien même la majeure partie de ton boulot aie été de faire des chromatographies). Ou alors, ce qui m’est arrivé, que la personne lise mal (très mal) ton CV, que l’on t’appelle pour un poste en or et que l’on te fasse rêver jusqu’à la chute finale: poste technicien, non cadre. Ah oui, mais moi je recherche poste ingénieur, cadre à minima. C’est pas possible? Mais pourquoi m’appeler alors?

– Parce que « Alors, tu cherche toujours? » Une fois, ça va, répété à chaque rencontre, multiplié par le nombre de rencontre, ça commence à faire bobo à l’égo.

– Parce que Pole Emploi.

– Parce que « on vous recontacte », parce que « monsieur, votre parcours est intéressant mais « , parce que  » Mesdemoiselles, et si peu d’autre (oui, parce que sur 57 candidatures (comptabilisées, yen a beaucoup que j’ai fait sans les noter), seulement une trentaine d’accusés de réception faits par des robots dans la seconde, et cinq ou six réalisées par de vrais humains).

Pourquoi humiliant?

– Parce que quand vous faites partie des dernier de votre promo à ne pas avoir trouvé un boulot (trop bien payé, voiture de fonction, en suisse, t’imagines pas le blé que je me faiiiis!!), vous sombrez très vite dans une paranoïa sans fin ( siiiii jte dis qu’il a changé son statut LinkedIn juste pour me foutre les boules*! Et si machin m’a ajouté, c’est pour se foutre de ma gueule avec tous ses collègues!)

– Parce que ne rien recevoir d’une entreprise trois, voir quatre mois après une candidature qui vous tient à coeur, malgré N relances, appels et mails, et bien ça donne une idée de la considération qu’elle peut avoir pour nous (même si c’est complètement faux et qu’ayant reçu 78 253 candidatures pour ce poste, les RH ont fait une dépression nerveuse, le PDG une attaque, qu’elle a perdu sa valeur au CAC40 et déposé le bilan dans les trois jours qui ont suivi l’incendie des locaux par les employés furieux des restrictions budgétaires touchant les machines à café).

– Parce que, s’étant fait monter le bourrichon par nos profs (« l’élite de la nation », « le top du top », « 80% d’emploi à la sortie de l’école »…), on se dit qu’il doit y avoir un problème quelque part, et là on met en plein dedans les pieds dans le « syndrome de l’imposture« . Et la chute est d’autant plus rude que ton niveau d’études est haut (qu’est ce que je suis CONTENTE d’avoir pas fait un doctorat [poke Grand Brun[).

Faux départ, oui, tout à fait

– Parce que, quand on te dit  » c’est cool, c’est comme des vacances », les deux premiers mois, tu souris. Au bout du quatrième, tu étrangle l’auteur de cette gentille phrase. Parce que NON rechercher un travail, ce n’est pas des vacances, c’est un boulot à plein temps. Et là, je vais faire la même chose qu’à la fin de ma prépa, de mon école d’ingé, de mon lycée, du collège de la primaire etc…. j’aurais pu m’investir plus. Certes. J’ai une copine qui a déjà envoyé plus d’une centaine de CV pour des postes de marketing et de commerce. Je n’ai pas du dépasser les 70. Suis-je une feignasse pour autant? Ai-je moins de mérite que ceux qui ont trouvé de suite parce qu’il était « moins exigeants »? ça, l’argument de l’exigence…. Pourquoi demander à un boulanger de faire de la pâtisserie? Prenez un pâtissier! Je suis restée exigeante sur les missions que je recherchais, tout en était franchement cool sur la localisation (« France entière et International?! vous n’avez pas de famille? ») et la paye ( « poste ingénieur, déplacements fréquents, dix personnes sous votre responsabilité, fonction commercial, chef de produit et recherche et développement en parallèle? On part donc sur du 22k€ par an,statut cadre, ça vous irait? »+ « on vous prendrait en stage, non rémunéré, mais indemnisé à 430€, c’est bon pour vous? »= nouvelle définition de l’esclavage ).

 

Mais j’ai fini par trouver. Ou plutôt, Ils m’ont trouvés. Je ne vous dirais pas pour qui je bosse, ni mon intitulé précis (ni rien d’autre en fait :p ), juste que ce poste me satisfait, que je sais que je vais m’y épanouir. Je suis heureuse de ce choix que mon entreprise et moi avons fait, de partager un avenir commun. Et peut-être même un long bout puisqu’il s’agit d’un CDI (GRAAL!!).

Alors je souhaite dire à celui ou celle qui lit ceci et qui cherche un emploi : ACCROCHE TOI. Personne autour de toi ne sait ce que tu vis ni ce que tu ressens, à moins de chercher lui aussi (les rencontres entre chercheurs ressemblent à une discussion d’initiés d’une secte, comparant leurs réponses négatives et les (més)aventures Pole Emploi), quoique les gens te disent, rien ne te remontera le moral, même les paroles les plus bienveillantes, qui peuvent être les plus blessantes. Mais COURAGE. Accorde toi des pauses pour faire quelque chose que tu aimes, des journées OFF où tu t’éclates sans penser à tes lettres de motivation. C’est dur, mais la victoire est tellement belle!

Gros poutou pour toi chercheur d’emploi ♥, un bisou à toi cher lecteur,

 

*En Lyonnais courant, « avoir les boules », c’est être énervé. Pas avoir peur. Pas comme dans le reste de la France quoi.

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